L’empire carolingien (v. 660 – v. 850)


Cette dynastie de rois et empereurs a régné sur une partie de l’Europe occidentale du milieu du VIIIe siècle jusqu’au Xe siècle, donc sur la période que nous avons choisie de reconstituer.
Voici donc une introduction sur cette dynastie carolingienne (appelée carlovingienne jusqu’à la fin du XIXe siècle) pour essayer de comprendre les enjeux territoriaux de l’époque…

L’ascension des Pippinides (v. 660 – 768)

À l’époque des rois mérovingiens, les plus hauts dignitaires sont les « maires du palais » : véritables intendants du roi, ils sont en charge de l’exploitation du domaine royal, gère la fortune des souverains et dirigent le gouvernement intérieur.

Les royaumes francs comprennent alors l’essentiel de la France, de l’Allemagne, de la Belgique et des Pays-Bas. Ils se divisent en 3 royaumes : la Neustrie, la Bourgogne et l’Austrasie, chacun ayant à sa tête un maire du palais dédié. Arrêtons-nous sur le royaume d’Austrasie (qui couvre le Nord-Est de la France actuelle, les bassins de la Meuse et de la Moselle ainsi que le bassin moyen et inférieur du Rhin) qui est le berceau de la dynastie carolingienne… Mais aussi là où se trouve Attigny, la ville dans laquelle nous allons placer la reconstitution d’un village viking…

La situation à l’avènement de Charles Martel © Atlas général Vidal-Lablache, 1906

La familles des Pippinides se transmet la charge de maire du palais depuis plusieurs générations et, profitant de la désagrégation de la dynastie mérovingienne, ils vont accroître leur pouvoir. Ainsi, Pépin de Herstal puis Charles Martel vont diriger le royaume tels des souverains sans en avoir le titre. Ce dernier va d’ailleurs porter le titre de « dux et princeps Francorum », c’est-à-dire duc et prince des Francs. Lorsqu’il meurt en 741, il laisse 2 fils : Carloman (maire du palais d’Austrasie) et Pépin dit le Bref (maire du palais de Neustrie). Le 1er se retirant dans un monastère, Pépin a la voie libre et, grâce à l’appui du pape, va ainsi déposer le dernier roi mérovingien Childéric III en novembre 751 puis se faire élire roi des Francs.

Afin d’asseoir sa dignité, Pépin se fera sacrer par les évêques à Soissons immédiatement après son élection, puis à nouveau par le pape à Saint-Denis en 754 ; il est alors pourvu du titre de « patrice des Romains ». Il en profitera pour étendre la cérémonie à ses fils, Carloman Ier et Charlemagne.

Le sacre de Pépin
par saint Boniface
© Musée des arts décoratifs

Pendant les 17 ans que dure son règne, il va consolider le royaume en systématisant les serments de fidélité des grands du royaume, en chassant définitivement les Arabes de la Septimanie, en attaquant les Lombards (ce qui permet de donner des territoires au pape en remerciement de son soutien, embryon des Etats pontificaux), en sécurisant la frontière de l’Est (les Saxons sont repoussés jusqu’à la Weser ; Tassilon de Bavière se reconnaît vassal de Pépin) et en reprenant l’Aquitaine. Si l’histoire retient surtout Charlemagne, on voit bien que son père avait déjà largement posé les bases de l’empire carolingien…

L’empire de Charlemagne (768 – 814)

À la mort de Pépin en 768, le royaume est divisé en deux : Carloman reçoit l’Austrasie, l’Alémanie et la Thuringe tandis que Charles reçoit la Neustrie, la Bourgogne et l’Aquitaine. Mais Carloman meurt brutalement en 771 et Charlemagne (en fait Charles Ier le Grand dit Charlemagne) profite de l’occasion pour prendre son royaume au détriment de ses 2 neveux, encore bébés. Entre conquêtes militaires et développement culturel, son règne marque le début de la période appelée « Renaissance carolingienne ».

L’un des 1ers actes politiques de Charlemagne sera de renoncer à l’alliance franco-lombarde que son père avait finalement scellée en mariant Charles à la fille de Didier, roi des Lombards. Sa 1ère épouse répudiée, il peut dès lors attaquer ouvertement la Lombardie, alors en conflit armé avec la papauté. Didier devant capituler dans Pavie, son royaume devient une sorte de vice-royauté franque. Agissant en protecteur de l’Eglise (à la place de l’empereur de Byzance alors défaillant), Charlemagne renouvelle au pape la « donation de Pépin », ce qui lui assure l’appui de l’Eglise. Il lui faudra cependant plusieurs années avant d’asseoir son autorité sur le Sud de l’Italie, les duchés de Spolète et du Bénévent gardant une certaine autonomie.

La destruction de l’Irminsul par Charlemagne – Heinrich Leutemann, 1882 in Nordisch-germanische Götter und Helden
© domaine public

Rapidement, c’est le Nord-Ouest qui inquiète Charles : les Saxons païens établis dans les plaines marécageuses entre Rhin et Elbe menacent l’Austrasie. Dès 772, comme son père avant lui, il lance une campagne d’intimidation et atteint la Weser ; il ordonne alors de détruire Irminsul, idole païenne saxonne que certains auteurs rapprochent de Thor et/ou d’une représentation de l’arbre-monde Yggdrasil.

Mais à partir de 775, le roi des Francs lance de nouvelles opérations et montre sa nouvelle volonté : conquérir le pays en menant de pair les opérations militaires et l’évangélisation qui permet de garantir une implantation durable. Ces guerres de Saxe furent longues, difficiles et acharnées. Le soulèvement de Wittikind à partir de 778 infligea de graves échecs aux Francs qui aboutirent au massacre de 4 500 otages saxons à Verden en 782. La reddition et le baptême de Widukind (ou Wittikind) à la fin de l’année 785 à Attigny ne suffirent pas à pacifier la région, amenant les Francs à recourir à des déportations massives de Saxons jusqu’en 804.

Pour protéger son royaume, Charlemagne organisa des « marches » en avant des territoires annexés ou conquis tout autour de son territoire : marche danoise, annexion de la Frise (785), marche sorabe (face aux Slaves de la région de l’Elbe), Ostmark bavaroise (face aux Avars), marche du Frioul (face aux Croates), marche d’Espagne (après le désastre de l’arrière-garde franque surprise par les Basques au col de Roncevaux en 778) et enfin marche de Bretagne.

Léon III, pape, sacrant Charlemagne empereur in Ms 512, 1300-1349 © Bibliothèque municipale de Toulouse

Le roi des Francs apparaît alors comme l’arbitre suprême de l’Occident chrétien et c’est donc vers lui que se tourne le pape Léon III aux prises avec des factions romaines qui soutiennent les neveux de son prédécesseur. Attaqué et blessé lors d’une procession, il part se réfugier à Paderborn, auprès de Charlemagne. Réinstallé à Rome avec l’aide du souverain franc (novembre 799), ce dernier s’érige en juge du pape et justifie les accusations faites contre le pape (23 décembre 800) ; en échange de ce service, 2 jours plus tard, Léon III le couronne empereur dans la basilique Saint-Pierre : Charles est ainsi le protecteur et le défenseur officiel de l’Eglise en Occident.

Bien entendu, cela amena des tensions avec l’empire de Byzance… que Charles régla en intimidant l’empire d’Orient grâce à ses bonnes relations avec le calife de Bagdad puis en occupant la Dalmatie et la Vénétie (809) qui étaient sous influence byzantine. Il faudra cependant attendre Louis le Pieux pour que Byzance reconnaisse le titre impérial du souverain d’Occident.

Mais le couronnement en tant qu’empereur d’Occident était avant tout essentiel pour conforter la stabilité du territoire. Outre les nombreuses possibilités d’intervention dans les affaires ecclésiastiques (et la mise sous tutelle de l’Eglise), la mainmise sur le christianisme est un réel élément d’ordre et de stabilité. Au sein du vaste empire qui s’étendait de la mer du Nord à la Toscane, de l’Elbe et du Danube aux Pyrénées, l’anarchie restait encore très grande… et ce, malgré les efforts considérables d’organisation administrative : division en comtés, assemblées annuelles des dignitaires laïcs et ecclésiastiques au palais impérial, envoi dans les provinces de missi dominici chargés d’enquêtes et d’inspections, publication de capitulaires, etc.

L’Europe divisée en ses différents états sous Charlemagne © BNF – carte réalisée par Félix Delamarche, 1828


Mais ce n’est pas parce qu’un Empire a été créé qu’il y a un profond sentiment unitaire (comme on le verra apparaître + tard chez les Capétiens). Ainsi, dans son testament de 806, Charlemagne prévoit le partage de son empire entre ses 3 fils, comme le veut la coutume franque, ce qui aurait certainement amené le chaos dans l’Empire… Mais son fils Pépin d’Italie meurt en 810 puis Charles dit le Jeune en 811. N’ayant donc plus qu’un seul fils vivant en 813, il décide la transmission de l’intégralité de l’empire – et du titre impérial – à son dernier fils Louis, futur Louis Ier dit le Pieux, maintenant ainsi la paix dans l’Empire carolingien.

Le règne de Louis Ier le Pieux (778 – 840)

Louis Ier dit le Pieux ou le Débonnaire, par Jean Joseph DASSY, 1837 © musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

La succession se fait donc sans encombre en 814, Louis (par ailleurs déjà roi d’Aquitaine depuis l’âge de 3 ans), ayant été associé au trône l’année précédent la mort de Charlemagne.

Instruit et pieux, il est soumis dès son avènement à l’influence de conseillers ecclésiastiques convaincus d’un idéal d’unité chrétienne. Oint et couronné empereur par le pape Etienne V à Reims en 816, il cherche d’emblée à maintenir la cohésion de l’Empire carolingien en réglant le problème de sa succession.

Se pose alors la question de rester dans la tradition franque (partage équitable entre tous les successeurs) ou bien de considérer l’Empire comme indissoluble… Louis désigne son fils aîné comme héritier et corégent de l’Empire, laissant à aux 2 autres des territoires subordonnés (la Bavière à Louis, l’Aquitaine à Pépin)… ce qui amène la révolte de Bernard, son neveu (et petit-fils de Charlemagne), alors roi d’Italie, qui refuse de devenir vassal de Lothaire. La révolte sera rapidement matée et Bernard aura les yeux crevés avant d’être exécuté. Cet épisode de cruauté amènera l’empereur à expier sa faute au cours d’une pénitence publique à Attigny en 822 ce qui ébranlera fortement son prestige.

Louis s’engage ensuite dans une guerre contre les Bretons pendant laquelle sa femme – qui l’accompagne – meurt. Il se remarie alors avec Judith de Bavière et, de cette union, naîtra 2 enfants, dont son 4e fils, Charles, futur Charles le Chauve. Cette naissance remet en cause le partage de 817… La mère de l’enfant s’allie avec les 2 fils moins bien lotis en termes de succession pour demander un partage équitable. Louis revoit sa copie en 829, attribuant à Charles des territoires en Alsace, en Rhétie (à cheval entre le Tyrol et la Bavière) et en Bourgogne… ce qui a pour effet de rapprocher les 3 fils du 1er mariage contre leur père. Lothaire, l’aîné, se voit même privé de son titre de régent.

Une 1ère révolte éclate en 830 au cours de laquelle Pépin et Louis s’emparent du palais impérial et de leur père, l’obligeant à enfermer sa 2nde femme dans un monastère. Lothaire, revenu d’Italie, choisit de maintenir son père au pouvoir mais sous son contrôle d’empereur associé. Les frères se brouillent mais le partage est revu en 831 : Lothaire conserve l’Italie (et le titre impérial) et le reste du royaume est partagé entre les 3 autres fils qui auront ainsi, à la mort de Lothaire, des royaumes indépendants.

Pour autant, Louis et Pépin continuent de s’agiter au point que Pépin se verra confisquer l’Aquitaine qui lui était pourtant promise. La 2nde épouse cherche quant à elle à s’associer avec Lothaire pour un partage en 2 de l’empire (entre lui et son fils). Lothaire, à la tête d’une armée, franchit donc les Alpes et marche avec ses frères Louis et Pépin contre son père qui, lâché par ses partisans, devra abdiquer de la dignité impériale et faire placer son dernier fils dans un monastère.

Le traité de Verdun, acte fondateur de la future « France »

Mais les résultats obtenus par Lothaire ne satisfont pas Louis et Pépin qui reprennent les armes du côté de leur père. En 835, ce dernier retrouve donc son titre d’empereur… S’ensuit une courte période d’accalmie au cours de laquelle Louis le Pieux constitue à Charles un royaume dans la vallée de la Meuse auquel s’ajoute l’Aquitaine en 838 suite à la mort de Pépin (et ce malgré l’existence d’un héritier légitime). Les hostilités entre les fils reprennent… et les conflits s’intensifient après la mort de leur père en 840, aboutissant en août 843 au traité dit « de Verdun » :

  • Charles dit le Chauve reçoit la Francie occidentale ;
  • Lothaire Ier reçoit la Francie médiane (de l’Italie du centre à la Frise) ainsi que le titre d’empereur ;
  • Louis le Germanique reçoit la Francie orientale, communément appelée Germanie (et qui est le noyau du futur Saint Empire romain germanique).
L’Empire des Francs au IXe siècle, époque du démembrement in Atlas général de la France, 1868 © BnF

La Francie médiane disparaîtra rapidement avec la mort de Lothaire en 855 puisque son territoire est séparé entre ses 3 fils : Louis qui conserve le titre d’empereur d’Occident et qui obtient le royaume d’Italie, Lothaire qui devient roi de Lotharingie et Charles (qui mourra d’ailleurs sans descendance) qui devient roi de Provence.

Bibliographie & ressources web

Cet article n’est pas une recherche universitaire mais cherche à résumer, de façon claire et simple, l’état actuel des recherches en la matière… Pour en savoir +, je vous invitons à vous documenter, notamment avec les ouvrages proposés ci-dessous qui m’ont permis de rédiger ce court article.

FAVIER Jean, Charlemagne, Fayard, 1999
LEBECQ Stéphane, Nouvelle histoire de la France médiévale – Les origines franques Ve – IXe siècle, Seuil, 1990
MOURRE Michel, Dictionnaire encyclopédique d’histoire, Bordas, réédition mise à jour en 1996
PARISSE Michel, Histoire de la Lorraine : l’époque médiévale – Austrasie, Lotharingie, Lorraine, Serpenoise, 1995
RICHE Pierre, Les Carolingiens, une famille qui fit l’Europe, Hachette, 1997
RICHE Pierre, Dictionnaire des Francs – vol. 2 Les Carolingiens, Bartillat, 1997
VOLKMANN Jean-Charles, Les rois de France, Gisserot, 1996

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