L’Europe occidentale de 840 à 875



Suite au traité de Verdun, c’est donc Charles II, le dernier fils de Louis Ier dit le Pieux, qui reçoit les territoires situés à l’ouest de l’Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône : la Francia occidentalis, ancêtre de la « France » actuelle.
Après avoir vu l’empire carolingien jusqu’aux environs de 850, regardons d’un peu + près la situation sur ce territoire…

Le difficile début règne de Charles le Chauve (840 – 843)

Le début du règne de Charles II dit le Chauve ne commence pas à la mort de son père Louis Ier dit le Pieux (ou le Débonnaire) qui survient le 20 juin 840 à Ingelheim, près de Mayence : l’Empire est alors dans le chaos… Les 2 frères Louis le Germanique et Charles le Chauve s’allient contre Pépin II roi d’Aquitaine depuis 839 (il a succédé à son père Pépin Ier) et leur aîné Lothaire Ier, empereur d’Occident qui s’est arrogé la succession de son père en vertu de l’Ordinatio imperii  (l’Ordonnancement de l’Empire, capitulaire édicté par Louis le Pieux à Aix-la-Chapelle en juillet 817 afin de régler sa succession) et qui veut donc les exclure de l’héritage…

Les serments de Strasbourg, retranscrits dans De dissensionibus filiorum Hludovici Pii libri quatuor de Nithard (f° 12v – f° 13v), fin IXe – Xe siècle © BnF – Il est à noter que les 2 seuls exemplaires restants sont aujourd’hui conservés à la Bibliothèque nationale de France

Après une 1ère victoire éclatante à Fontenoy-en-Puisaye (25 juin 841), les demi-frères poursuivent leur avancée pour forcer Lothaire à conclure la paix. Ils affirment leur union lors les serments de Strasbourg du 14 février 842 au cours desquels Louis le Germanique prononce son serment en roman pour être compris des soldats de Charles le Chauve, tandis que Charles le Chauve prononce son serment en langue tudesque (germanique) pour être compris par les soldats de son frère ; les soldats quant à eux prêtent serment dans leurs langues respectives. Le texte marquant ces serments est le + ancien document en langue française… et en langue germanique !

Dans le même temps, les 2 frères font face a des troubles profonds dans leurs territoires respectifs : Louis II le Germanique connaît d’importantes révolte en Bavière, tandis que Charles II le Chauve doit reconquérir la confiance des grands d’Aquitaine, séduits par Pépin II : ils l’ont proclamé roi d’Aquitaine à la mort de son père en 838 alors même que l’Aquitaine avait été donnée à Charles en septembre 832…

Finalement, l’union des 2 frères cadets aura raison de leur aîné qui accepte de mettre fin au conflit en signant le traité de Verdun en août 843 qui consacre le partage de l’Empire carolingien. Charles II le Chauve devient enfin, 3 ans après la mort de son père, roi de Francie occidentale qui correspond à une majeure partie de la France actuelle avec les territoires situés à l’Ouest de l’Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône (cette ligne restera la frontière de la France jusqu’au début du XIVe siècle). Pour autant, ce « partage des 4 fleuves » (Escaut, Meuse, Rhône et Rhin) soulève des problèmes en raison des langues parlées sur les différents territoires : ainsi les Wallons, de langue romane, se trouvent dans une entité germanique, tandis que la Flandre, de langue germanique, se trouve rattachée à la future France. De même, la Francie médiane de Lothaire Ier est un territoire tout en longueur qui amène de grandes difficultés d’administration : il faut ainsi près de 3 semaines pour aller de Rome à Aix-la-Chapelle…

Répartition du Traité de Verdun de 843 © cartesfrance.fr

Mais malgré la reconnaissance de Charles à la tête du royaume de Francie occidentale, il lui faudra patienter jusqu’au 6 juin 848 pour être élu puis acclamé par les grands du royaume et être sacré roi par l’archevêque de Sens au sein de la cathédrale d’Orléans…

Un début de règne marqué par les guerres (843 – 855)

La rébellion gronde à l’ouest de la Francie occidentale : Nominoë, nommé missus de Bretagne par Louis Ier le Pieux et bien qu’il se soit rallié un temps à Charles II le Chauve (notamment en lui rendant hommage en 841), affirme son indépendance. Le jeune roi de Francie occidentale lance alors son armée contre les troupes de Nominoë et, suite aux batailles de Messac (843) et de Ballon (845), il lui reconnaît finalement son autorité sur la région en 846 en lui attribuant le titre de duc.

La lutte n’est cependant pas terminée puisque les hostilités reprennent en 849 : les Bretons mènent de nombreux raids dans le Bessin et en Anjou (en Francie occidentale donc) et s’emparent ainsi des cités de Rennes et de Nantes. Le 22 août 851, Charles le Chauve est battu par Erispoë, fils de Nominoë, lors de la bataille de Jengland, amenant ainsi la signature du traité d’Angers qui concède officiellement à la Bretagne les comtés de Rennes et Nantes ainsi que le pays de Retz… et qui reconnaît le titre de roi de Bretagne.

Salomon faisant signer la paix à Charles le Chauve par Xavier Langlais, 1re moitié du XXe siècle © Musée de Bretagne, Collection Arts graphiques

Quelques années + tard, en 857, Salomon, frère (ou beau-frère) de Nominoë, se couronne lui-même roi de Bretagne après avoir assassiné son cousin Erispoë car il n’approuvait pas le relatif rapprochement que celui-ci menait avec la Francie occidentale (des négociations étaient en cours pour marier sa fille avec le futur Louis II le Bègue). Il mène à nouveau une politique d’expansion qui lui amène en 863, grâce au traité d’Entrammes, la région comprise entre la Sarthe et la Mayenne contre un tribut minime. Par affront, Salomon se nomme alors « roi de la Bretagne et d’une partie notable de la Gaule »… Les relations restent tendues et en août 867, le traité de Compiègne lui concède le comté du Cotentin, l’Avranchin ainsi que les îles de la Manche (Jersey, Guernesey ainsi que les îlots et écueils attenants) : la Bretagne a alors atteint son expansion maximale. Salomon se consacre dès lors à expulser les Vikings présents sur son territoire et aidera même Charles le Chauve à les chasser d’Angers.

Il faut dire que, depuis 840, les Vikings ne cessent de harceler les terres de Francie occidentale, et pas seulement en Bretagne : Rouen est prise en 841 par le danois Oscher, Nantes est pillée en 84, Rennes en 845, le 1er siège de Paris a lieu en 845 (le danois Ragnar Lodbrok remonte la Seine avec 120 navires et 5 à 6 000 hommes, prend à nouveau Rouen puis remonte jusqu’à Paris, surtout concentré sur l’île de la Cité), celui de Bordeaux en 848… Bien que Charles II s’engage à verser le danegeld, les Vikings se retirent quelques temps, cessant de piller les villes et abbayes peu ou pas défendues… mais finissent par revenir dès que l’opportunité se présente.

Un territoire instable… qui s’agrandit (855 – 877)

Mais en 855, Lothaire Ier, sentant sa fin venir, établit la division de son Empire, la Francie médiane, qui va de la Frise à l’Italie. Il répartit le territoire entre ses 3 fils :

  • Louis II le Jeune aura le titre d’empereur et le royaume carolingien d’Italie (c’est-à-dire le Nord de la péninsule) ;
  • Lothaire II recevra la partie Nord de l’Empire située entre la Frise et les Vosges ; ce territoire prendra le nom de Lotharingie ;
  • Enfin Charles, le + jeune, aura le royaume de Provence (constitué de la Provence et de la Bourgogne située entre la vallée du Rhône et les Alpes).
Cartes originales à voir sur © worldinmaps

Le traité ratifié, Lothaire Ier abdique, se fait moine à l’abbaye de Prüm… et meurt quelques jours après. Les 2 fils aînés contestent immédiatement le royaume de Provence ; il faut dire que leur + jeune frère n’a qu’une dizaine d’années ! Pour autant, les seigneurs provençaux appuient la succession de Lothaire Ier amenant les 3 frères à faire la paix, Charles recevant même en prime le duché de Lyon.

Robert le Fort (en haut), enluminure du XIVe siècle,
ms. 854, f° 8
© Bibliothèque municipale de Besançon

Pendant ce temps-là, en Francie occidentale, l’agitation se poursuit. Robert le Fort, de la dynastie des Robertiens (qui donnera la dynastie des Capétiens), s’allie avec d’autres grands du royaume pour s’opposer à Charles le Chauve, aidés par Louis II le Germanique. Ainsi, en 858, alors que Charles assiège l’île d’Oscelle (actuelle Oissel, sur la Seine) occupée par les Vikings, Louis envahit la Francie occidentale. Charles est alors contraint de se réfugier en Bourgogne, poussant plusieurs évêques, sous l’impulsion d’Hincmar archevêque de Reims, à réclamer le départ des Francs orientaux et le retour de leur roi légitime, Charles le Chauve.

Revenons du côté de la Provence… Leur roi, Charles, est de santé fragile (il est sujet aux crises d’épilepsie) et les Vikings attaquent son territoire, notamment Arles en 859, et remontent la vallée du Rhône en 860 avant d’être arrêtés à Valence ; ils repartiront alors vers les côtes italiennes. L’année suivante, Charles II le Chauve tente d’envahir la Provence ; il ne dépassera pas Mâcon. Finalement, Charles meurt en janvier 863, à l’âge de 18 ans.

Faute de descendance, son territoire est partagé entre ses 2 frères :

  • Louis II le Jeune, empereur d’Occident et roi d’Italie récupère les provinces ecclésiastiques d’Arles, d’Aix et d’Embrun ;
  • Lothaire II, roi de Lotharingie, récupère quant à lui les comtés de Lyon, Vienne et du Vivarais.
Lothaire II – Un jugement de Dieu à Marlenheim en 860 © BnF

En 869, c’est au tour de Lothaire II de mourir. Contraint d’épouser Theutberge, fille de Boson l’Ancien, comte d’Arles, avant la mort de son père, il l’avait faite emprisonner dès 857 et n’avait donc eu aucun enfant avec elle. Il la répudie en 862 pour épouser sa concubine Waldrade de laquelle il a déjà plusieurs enfants. Mais son 2nd mariage n’est pas reconnu par le pape et son fils Hugues, qu’il avait fait duc d’Alsace en 867, ne peut donc pas prétendre à hériter de son père… La Lotharingie aurait dû revenir à son frère, Louis II le Jeune, empereur d’Occident et roi d’Italie.

Mais ce dernier est occupé à combattre les musulmans dans le Bénévent. Les 2 oncles de Lothaire II, Louis II le Germanique et Charles II le Chauve, en profitent donc pour récupérer le territoire. Charles essaye de devancer son frère en se faisant couronner à Metz roi de Lotharingie par l’archevêque Hincmar de Reims dès septembre 869. Mais Louis II le Germanique intervient et, avant qu’un affrontement n’éclate, un accord est signé en 870 avec le traité de Merssen qui place la Moselle comme nouvelle frontière entre leurs royaumes :

  • Charles II le Chauve récupère la région allant jusqu’à la Meuse, le tiers de la Frise (à l’exception d’Utrecht), les régions situées le long du Rhône et de la Saône, Besançon, le Lyonnais, le Viennois, le Sermorens, le Vivarais, l’Uzège. Il perd Aix-la-Chapelle et Metz, mais la route de l’Italie s’ouvre avec Besançon et Grenoble.
  • Louis II le Germanique obtient quant à lui les 2/3 de la Frise (dont Utrecht et Maastricht), les territoires de la rive droite de la Meuse, de l’Ourthe et de la Moselle (dont Metz), le long du Rhin (Aix-la-Chapelle, Sarre, Alsace) et le Nord du Jura.
Cartes originales à voir sur © worldinmaps
L’empereur Louis II le Jeune in La chronique de Nuremberg, fin XVe siècle © domaine public

Louis II le Jeune est donc totalement lésé et, malgré l’appui du pape, il ne parviendra jamais à récupérer son héritage. Lorsqu’il meurt en 875, il ne laisse que 2 filles, coupant définitivement cette région des prétentions italiennes.

Cette mort amène le pape à offrir la couronne impériale à Charles II le Chauve qui se rend donc à Rome et se fait ainsi couronner empereur. L’année suivante, son frère Louis le Germanique meurt. Charles y voit une occasion de s’emparer de son royaume et de restaurer ainsi le royaume de leur père. Mais c’était sans compter sur Louis III le Jeune, 2e fils de Louis le Germanique, qui défait l’armée de Francie occidentale à Andernach.

En 877, le pape, menacé par les Sarrasins, appelle Charles le Chauve à l’aide. Celui-ci confie alors son royaume à son fils Louis (futur Louis II dit le Bègue) ainsi qu’aux Grands du royaume par le capitulaire de Quierzy qui marque une étape importante dans le développement de la féodalité. La campagne militaire est cependant un échec et Charles II meurt sur la route du retour…

Bon, jusqu’ici, c’était simple : c’est maintenant que cela devient compliqué !…

Bibliographie & ressources web

Cet article n’est pas une recherche universitaire mais cherche à résumer, de façon claire et simple, l’état actuel des recherches en la matière… Pour en savoir +, je vous invite à vous documenter, notamment avec les ouvrages proposés ci-dessous qui m’ont permis de rédiger ce court article.

LEBECQ Stéphane, Nouvelle histoire de la France médiévale – Les origines franques Ve – IXe siècle, Seuil, 1990
MOURRE Michel, Dictionnaire encyclopédique d’histoire, Bordas, réédition mise à jour en 1996
PARISSE Michel, Histoire de la Lorraine : l’époque médiévale – Austrasie, Lotharingie, Lorraine, Serpenoise, 1995
RICHE Pierre, Les Carolingiens, une famille qui fit l’Europe, Hachette, 1997
RICHE Pierre, Dictionnaire des Francs – vol. 2 Les Carolingiens, Bartillat, 1997
THEIS Laurent, L’héritage des Charles, de la mort de Charlemagne aux environs de l’an mil, Points, 1990
VOLKMANN Jean-Charles, Les rois de France, Gisserot, 1996

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