Reconstituer une bannière au motif complexe…



Pour aider une association locale de reconstitution, j’ai réalisé – d’après leur blason au motif « complexe » – une bannière… Voici donc un « pas à pas » pour vous lancer, vous aussi, dans la fabrication de votre bannière et bien sûr les recherches qui ont appuyé cette démarche !

Les armoiries en question…

Description héraldique des armoiries d’Attigny :
D’or à l’aigle bicéphale de sable, becquée et membrée de gueules
Description héraldique des couleurs de l’association :
De sable à l’aigle bicéphale d’or membré de gueules
(le rond rouge figure la limite du blason dans sa version « bouclier »)

Un peu d’histoire d’abord…
Les sources

Les sources iconographiques contemporaines de notre période (fin IXe siècle) sont rares, pour ne pas dire inexistantes… Elles sont heureusement + nombreuses pour les Xe et XIe siècles !
Pour cet étendard, l’inspiration vient du manuscrit enluminé espagnol Beatus de Gérone qui date de 975 et qui est actuellement conservé dans le trésor de la cathédrale Sainte-Marie à Gérone. Parmi ses 124 enluminures, l’une d’elles représente la prise de Jérusalem et nous montre ainsi un étendard semi-circulaire, forme choisie pour notre 1ère bannière (d’autres viendront ^^).

Beatus de Gérone – v. 975, f° 242 r°

D’autre part, rappelons qu’avoir des armoiries au IXe siècle est TOTALEMENT ANACHRONIQUE !
En effet, jusqu’au milieu du XIIe siècle, aucune famille, aucune entité n’a d’armoiries ni de couleurs… Le besoin s’en fait ressentir à partir des années 1130, lorsque l’équipement militaire rend méconnaissable les combattants et qu’il devient donc difficile de savoir si on se bat « du bon côté ».

Broderie de Bayeux – Guillaume relevant son heaume pour se faire reconnaître

D’ailleurs vers 1066-1067, la tapisserie de Bayeux (injustement appelée ainsi puisqu’il s’agit en fait d’une broderie) montre un épisode intéressant : Guillaume, sur le champ de bataille, doit relever son heaume pour montrer à ses hommes qu’il est toujours vivant. De même, on voit les hommes porter indifféremment des boucliers avec des motifs différents, même lorsqu’on est certain qu’il s’agit bien du même homme représenté !

À partir des années 1130, les tournois se développent… Il devient alors peu à peu commun de porter des couleurs spécifiques afin de se faire reconnaître ; l’équipement militaire recouvrant de + en + les corps et les visages, ces décors deviennent indispensables ! Les armoiries se généralisent et trouvent leur place, dans un premier temps, sur les boucliers.
L’usage se répand dans la société et ne concerne bientôt plus que les guerriers : religieux, femmes de haute naissance, entités (villes, corporations, etc.) se dotent également d’armoiries. Cela devient même un signe de propriété qu’on appose sur les biens mobiliers (par exemple sur des coffres, des tentures, …) et immobiliers (sculptés au-dessus d’une porte en pierre par exemple), ce qui accentuera encore leur développement.

Il faut dire que le XIIe siècle est aussi l’époque où l’on impose les signes d’identité d’une manière générale, et pas seulement au travers des armoiries qui ne concernent au départ que ceux qui font la guerre, c’est-à-dire – pour faire court – les nobles. C’est en effet à cette époque qu’on impose l’utilisation (et la fixation) des patronymes. Jusqu’alors, les gens ne portaient que leur nom de baptême (leur prénom) auquel pouvait s’ajouter un surnom. Au cours du XIIe siècle, le « nom de famille » fait son apparition et devient héréditaire.
Les drapeaux, quant à eux (dans le sens d’emblème d’une nation), ne font leur apparition qu’au XVIIe siècle…

Mais revenons-en à nos couleurs…
Que ce soit pour communiquer (réseaux sociaux, affiches, etc.) ou même pour nous identifier sur des camps de reconstitution historique, il est indispensable d’avoir un signe de reconnaissance. Nos armoiries jouent le rôle d’un « logo » et permettent de fédérer les membres autour d’une image commune. Même si c’est historiquement faux, nous assumons donc d’avoir des couleurs bien à nous…

Enfin, un dernier mot sur les couleurs…
Le mot « couleurs », en héraldique, est un synonyme d’armoiries. Mais là, c’est un petit retour sur les « vraies » couleurs : noir, jaune, rouge !
Le noir est bien une couleur héraldique, l’une des 4 existantes d’ailleurs (avec le bleu, le rouge, le vert ; le blanc et le jaune qui sont dites « métaux », ils correspondent respectivement à l’argent et l’or). Bref, le noir – contrairement à une idée reçue bien trop répandue – « existait » bien au Moyen Âge et il n’était pas très difficile à produire ni coûteux : l’ordre des moines mendiants des Augustins portent ainsi un habit noir au XIIIe siècle. Mais nous reviendrons en détail sur les couleurs textiles dans un article dédié aux teintures, les pratiques étant différentes entre le monde carolingien entre le Nord où les contraintes liées aux corporations drapières n’existent pas…

Un peu de vocabulaire de vexillologie…

La vexillologie est la « science des drapeaux » (l’héraldique est quant à elle la « science des armoiries »)… Cet un véritable univers avec ses codes et son vocabulaire spécifique, à la fois simple et complexe ; ainsi, les « couleurs » (au pluriel) sont un synonyme de « drapeau » par exemple, la cravate est un ruban qu’on ajoute en haut de la lance portant le drapeau, etc.

Gonfanon de saint Grégoire l’Illuminateur – XVe siècle

Blason : sous ce terme, on rassemble l’ensemble des signes distinctifs et emblèmes d’une entité (famille, ville, corporation, etc.).
C’est aussi par ce mot que l’on désigne la « grammaire », la « science » des armoiries ; c’est donc un synonyme de l’héraldique.


Gonfanon : bannière terminée par plusieurs fanons et suspendue à un fer de lance. Le mot apparaît vers 1050 et vient du vieux haut-allemand (ou du vieux bas-francique) gundfano.


Le gonfalon est quant à lui un fanion dont les chevaliers ornaient leur lance ; il ne dispose pas spécifiquement des fanons ornant le bas du drapeau…

Oriflamme : dans son sens premier, il s’agit d’un étendard de soie rouge à la partie flottante découpée en pointes qui était au départ celui de l’abbaye de Saint-Denis et que les rois de France prirent comme bannière royale.
L’oriflamme désigne donc, par extension, une bannière d’apparat longue et effilée dont la partie flottante est terminée en pointes.

Charlemagne recevant l’oriflamme de saint Pierre – mosaïque du IXe siècle, église San Giovanni, Rome
Pennon de James Douglas

Pennon : étendard en forme de « queue d’oiseau ». Le mot apparaît vers 1140 et vient du latin pinna, l’aile.

Un étendard dispose d’un guindant (hauteur du pavillon du côté où il est attaché) et d’un battant (longueur du pavillon qui se déploie et flotte au gré du vent).
Le long manche (généralement en bois) d’un drapeau est appelé hampe. Et la zone près de la gaine d’un drapeau est dénommée guidant.
La face principale d’un pavillon est un avers ; si la face est différente, son opposé est le revers.

La figure ajoutée sur le fond d’un drapeau est un meuble.
Les passementeries, noeuds et agréments ornant les étendards sont appelés « franges« .

Pas à pas couture

Maintenant que les bases sont « posées », passons à la mise en pratique !
La « difficulté » de nos armoiries réside dans la complexité de son « meuble », l’aigle bicéphale dont les contours sont complexes à reproduire. Mais même si vous n’êtes pas un habitué de la couture, en prenant votre temps, vous pouvez y arriver !

Matériel
– coupon de laine tissée jaune ocre (teinture à la gaude)
– coupon de laine feutrée noire – malheureusement, pas de laine tissée au moment où je passais commande…
– fils de laine aux couleurs assorties e, teinture végétale : jaune (gaude), rouge foncé (garance), noir (garance + indigo)
– accessoires de couture habituels : aiguilles, ciseaux, … et stylo « Frixion » de la marque Pilot (dans n’importe quel rayon de fournitures scolaires) ; à défaut, craie de couturière


Remarques préliminaires

Concernant le matériel, prenez du drap de laine, pas du lin !
Celui-ci est en effet très « intéressant » au niveau du prix, c’est évident… MAIS, dans la mesure où votre étendard est fait pour être utilisé dehors (et doit donc subir de manière répétée vent, pluie, soleil, lune – et cette dernière est bien pire que le soleil pour faire perdre les couleurs vives aux textiles), et vu la résistance des textiles et le temps qu’il faut pour fabriquer du drap de lin / du drap de laine, il serait encore + faux « historiquement » de réaliser votre étendard sur du lin !
Je vous conseille donc de ne pas chercher à « économiser » sur ce qui représente votre clan / votre association…

De même pour les fils utilisés (couture / broderie) : quitte à passer des heures à réaliser votre étendard, soyez « histo » jusqu’au bout et prenez des fils de laine ! Ils sont + résistants que les fils de lin (ainsi, dans les sources archéo, seules les coutures aux fils de laine ont « tenu jusqu’à nous) et ne dénotent pas sur vos réalisation comme le ferait un fil de coton ou de synthétique !

Soir 1

N’ayant pas réalisé le « comptage » des heures passées, je vous propose de suivre ce tuto au jour le jour. En rentrant du travail, je passe environ 4 heures à la reconstitution (1 heure avant dîner, 2h30 à 3h30 après dîner)…

Imprimez votre motif aux dimensions souhaitées. Le + simple est de partir d’un PDF et, dans les options d’impression, de choisir l’option « Affiche » qui permet d’obtenir le visuel sur plusieurs feuilles A4 ; je vous conseille de cocher les options « traits de coupe » et de prévoir 5 mm de chevauchement.

Une fois le motif imprimé aux dimensions voulues, découpez les feuilles et scotchez-les ensemble. Découpez ensuite le pourtour de votre motif.
Reportez-le sur votre laine avec, idéalement, un stylo Frixion : il suffira d’un peu de chaleur à la fin pour effacer toutes vos marques (par exemple avec un fer à repasser réglé sur « laine »).

Découpez le motif en laissant 1,5 à 2 cm de marge tout autour puis crantez cette bordure de marge.

N’hésitez pas à réimprimer le motif pour arriver à la taille parfaite !
Et voilà notre aigle « décalqué » !
Et voilà notre aigle découpé : on voit immédiatement les endroits où les coutures vont être + délicates à faire car il n’y aura pas assez de textile…

Soirs 2 et 3

Aujourd’hui, on commence à coudre ! Prenez un fil assorti, rabattez la bordure et, au point avant (soyez très régulier et réalisez de petits points : tous les 2 fils de chaîne / trame pour ma part), cousez le pourtour.
Sources archéologiques du point avant : Viborg & Hedeby (Danemark)
Selon la taille de votre motif, cela vous prendra 1 à 3 soirs (2,5 soirs pour moi)…

Partout où il n’y avait pas assez de tissu dans la marge, cela donne des finitions « sales », on règlera le problème + tard !

Soir 4

Une fois tout le motif cousu, retournez-le pour recouper la marge et ne laisser qu’1 cm ; ne coupez pas + court : cela s’effilocherait par la suite ! Soyez particulièrement vigilant à bien dégrossir les sur-épaisseurs (par exemple les bouts des ailes / des pattes / des gueules pour notre étendard).
Vous pouvez également « nettoyer » les fils inesthétiques des angles aigus (là où vous ne pouviez pas avoir 2 cm de marge).

L’envers avant « nettoyage »…

Une fois cela accompli, préparez le fond de votre étendard et coupez-le aux dimensions voulues en pensant à laisser environ 3 cm de marge sur la partie flottante et 5 cm sur la (les) partie(s) qui seront le long de la hampe.

Et voilà, vous pouvez poser votre motif sur le fond et l’épingler.
Comme mon fond est en laine feutrée, il peut se déformer facilement. On « contourne » cette difficulté supplémentaire en épinglant beaucoup le motif, histoire d’être sûr qu’il ne bougera pas à la couture…

N’hésitez pas à découper les 2 faces de l’étendard en même temps !

Soirs 5, 6 & 7

Votre motif posé, vous pouvez le coudre avec du fil de laine assorti ! Si vous avez bien réalisé de petits point avant réguliers, c’est simple : il suffit de faire la même chose entre chacun des points déjà faits, ce qui donne une couture très propre !

Si vous arrivez à coudre avec un dé à coudre, n’hésitez pas à commencer à l’utiliser : notamment dans les arrondis, vous allez avoir à coudre jusqu’à 5/6 épaisseurs de laine… Pour peu que vous ayez choisi un beau drap bien épais comme je l’ai fait, cela va devenir douloureux après quelques heures de couture… Et c’est pour cette raison que je fais alors des sessions de couture + courtes (des soirées de – de 3 heures de couture donc).

Pour coudre le motif, il m’aura ainsi fallu 3 soirs…

On « remplit » simplement entre chaque point…
L’aigle est en place !

Soirs 8, 9 & 10

Une fois le motif cousu sur le fond, on va y reporter les détails, toujours au stylo Frixion (pour pouvoir les effacer + tard avec un simple coup de fer à repasser sur « laine »)…

Les tracés sont posés…

Pour les parties le nécessitant, je choisis de broder au fil rouge plutôt que d’ajouter du textile rouge : cela évite d’ajouter une épaisseur supplémentaire et cela correspond mieux à « l’économie » de drap tissé que l’on pratiquait à l’époque.

Pour « remplir », il suffit de faire des points très rapprochés tout en suivant le motif, ce qui va permettre de souligner les formes et de rendre cela esthétique.
Là encore, si vous arrivez à broder avec un dé à coudre, n’hésitez pas ! Mais si, comme moi, cela vous gêne, il faudra faire souvent des pauses… ou supporter les ampoules…

Du coup, cela m’a pris 3 bons soirs pour broder les parties rouges (+ 1 soir de pause pour soigner les ampoules)…

La broderie des pattes « vue de près »…
… et celle des yeux !
La broderie est finie… On y est presque !

Soirs 11 & 12

Il ne reste plus « que » le fil noir à ajouter…
Pour les traits simples, je les fais tout simplement au point arrière.
Sources archéologiques du point arrière: Viborg & Hedeby (Danemark)

Pour réaliser les tiges des plumes, j’aurai aimé réaliser un point de chaînette… Mais malheureusement, les sources archéologiques n’en ont trace qu’à Birka (Suède) et à Oseberg (Norvège) ; je me rabats donc sur le point de feston… D’abord dans un sens, puis je repasse dans chaque point en miroir.
Sources archéologiques du point de feston: Mammen & Hedeby (Danemark)

Le point de feston « vu de près »
Les arrondis sont faciles à prendre… Et pour remonter en miroir, il suffit de repasser dans chacun des points réalisés à l’aller !

Soirs 13 & 14

Il est temps de s’occuper des finitions propres : prenez une laine assortie + épaisse ou bien, si comme moi vous n’en avez pas, fabriquez une cordelette avec une laine fine (ce qui vous occupera une paire d’heures)…

Cousez votre fil épais tout le long du pourtour au point oblique. Attention, on passe à certains endroits dans beaucoup de sur-épaisseurs : ça va faire mal aux doigts !
Sources archéologiques du point oblique: Viborg & Hedeby (Danemark)

Avant la couture de la bordure…
Le point oblique « vu de près »
Le 1er côté fini !

Soirs 15 et suivants…

Et voilà, on a fini un côté de l’étendard !!! Il n’y a plus qu’à refaire la même chose pour le revers…
Par chance, quelques jours de vacances m’ont permis d’avancer en journée ce projet fort long… Comme j’ai avancé avec de grandes sessions couture tout au long de la journée, j’ai perdu le fil du comptage des soirs à y consacrer…

Pour autant, vous serez bien + rapide pour la 2e version : comme vous aurez remarqué les parties + complexes et que vous saurez quels moments sont + douloureux pour les doigts, vous jaugerez mieux les moments où vous ménager. Je pense que vous pouvez compter environ 25 % de temps en moins à consacrer pour refaire le motif une 2e fois.

Moment de joie intense quand les 2 côtés sont faits…
Sur le 2e côté, la broderie est un peu différente
L’envers du décor !

Soir 25 (+ ou -)

La partie « esthétique » est terminée… maintenant on s’attelle à rendre l’étendard « indestructible » !
En effet, même s’il est en drap de laine (donc bien moins fragile que le lin), il est destiné à être dehors et donc subir les aléas climatiques (vent, pluie, soleil voire lune). Le propre poids du textile va également amener des déformations…

Après tout ce temps passé à coudre le motif, il serait donc bien dommage de ne pas pallier à l’usure… et à mal finaliser notre travail !
Fort heureusement, si on continue d’utiliser les techniques employées par les Scandinaves du Moyen Âge, on aura un étendard extrêmement résistant : il suffit de rester patient pour la fin !

Ce soir, on s’attelle donc aux « bandes » qui permettront de fixer l’étendard à la hampe (on appelle cela « guidant » lorsque c’est une gaine… je n’ai pas le nom lorsque ce sont des « languettes » de textile…). Celles-ci doivent être particulièrement résistantes car ce sont elles qui subiront le + la pression et le poids de l’étendard.
Comme nous faisons le choix de la fixer à la verticale ET à l’horizontale, il nous en faudra 8… J’ai donc découpé les 8 rectangles dans la chute de drap de laine noire. Pour obtenir des bandes cousues bien résistantes, il ne faut pas qu’elles soient trop larges : une fois terminées, on aura ainsi une triple épaisseur de laine sur toute la largeur de chaque bande ce qui évitera les éventuelles déformations futures…

On rabat donc chaque longueur d’environ 1 à 1,5 cm, on épingle et on coud en points obliques réguliers (environ tous les centimètres). Cette étape est indispensable : elle permet au textile de rester bien en place et empêchera, notamment, l’effilochage futur des coutures. D’ailleurs, que ce soit en reconstitution « viking » ou en « médiéval », les sources sont claires : TOUTES les finitions textiles sont faites ainsi car cela renforce les coutures et cela permet de les faire durer dans le temps…

Ensuite, sur l’envers, on rassemble les 2 longueurs cousues et on les coud ensemble, toujours au point oblique.
Enfin (et c’est l’étape la + chiante, j’avoue), on retourne chaque bande pour que toutes nos coutures se trouvent à l’intérieur : cela évitera l’usure par frottement !

Au total, comptez 20 à 30 minutes par bande… N’hésitez pas à les réaliser entre 2, pendant que vous faites la couture / broderie de votre motif : c’est une façon d’éviter cette étape répétitive et c’est un bon moyen de coudre « sans avoir mal » entre 2 moments compliqués des étapes précédentes ! ^^

Soyez vigilants à bien prendre les 2 épaisseurs de tissu à chaque point !
À droite, la bande en cours de finalisation…
À gauche, une bande terminée : les points « apparents » sont caractéristiques du « cousu main » (maintenant, vous reconnaîtrez immédiatement les coutures à la main sur les camps de reconstitution !)

Soirs 26 & 27

Dernière ligne droite : on va enfin pouvoir assembler nos 2 côtés !… Mais pas tout de suite…
D’abord, on doit préparer nos verticales et horizontales…

Commençons par le + simple : on prend un des 2 motifs et on rabat une 1ère fois l’horizontale d’environ 1,5 à 2 cm (pareil que pour les languettes). On épingle. On rabat une 2e fois et on épingle.
Il est indispensable de rabattre 2 fois pour avoir ainsi 3 épaisseurs de laine : cela rendra la bordure beaucoup + résistante et moins sujette aux déformations.
On coud au point oblique en laissant une marge d’environ 2-3 cm à chaque extrémité.

Quand c’est terminé, on procède de la même façon pour la verticale… mais on va devoir s’occuper de l’angle.
Pour ne pas avoir trop d’épaisseurs à cet endroit, on coupe d’abord la laine sur le côté déjà cousu. On épingle le 1er rabat sur toute la longueur. On découpe le tissu pour retirer la sur-épaisseur (voir photo). On fait notre 2e rabat et on épingle… Et on coupe encore la sur épaisseur rabattue : il n’y a ainsi « que » 4 épaisseurs de laine dans l’angle.
On coud au point oblique toute la verticale en prenant soin de bien coudre l’angle.
Notre 1er côté est prêt !

Le double rabat horizontal
1ère étape de l’angle : on découpe le surplus de l’horizontale
2e étape : le 1er rabat
Dernière étape : on coud l’angle avant de faire la verticale

Maintenant que c’est maîtrisé, on va faire la même chose pour le 2e côté de l’étendard mais en ajoutant les « languettes »…
Tout d’abord, l’horizontale : 1er rabat et épinglage, puis 2e rabat et épinglage. À 7 – 10 cm du bord collé à la verticale, on insère la languette de telle sorte qu’elle soit sous le 2e rabat. À l’autre extrémité, on fait la même chose, mais un peu moins loin du bord (celui-ci n’aura qu’un seul rabat). Mesurez la distance entre les 2 languettes pour placer les 2 autres de façon régulière.

Vue de près de « l’insertion » d’une bande de tissu…

On coud l’horizontale comme pour le 1er côté, en commençant à 2-3 cm du bord.
Quand on arrive à la languette, on met celle-ci envers contre envers et on continue à coudre au point oblique, mais avec des points + petits (0,5 cm au lieu du centimètre habituel). Arrivé au bout de la languette, on la déplie dans sa position finale et on la coud au point oblique en remontant. Puis on retourne son ouvrage pour la coudre sur la largeur et on redescend. On est revenu au point de départ… On coud à petits points obliques à nouveau sur la largeur de la languette, mais dans sa position finale… et on reprend la couture de l’horizontale jusqu’à la prochaine languette…
À la fin, on n’oublie pas de s’arrêter à 2-3 cm du bord.

Ensuite la verticale de la même façon : 1er rabat, épinglage et préparation de l’angle ; 2e rabat, finalisation de l’angle… et insertion des 4 languettes. Et enfin couture de l’angle comme pour le 1er côté, auquel on ajoute la couture des languettes comme décrit ci-dessus…

La languette d’abord rabattue
On remonte le long de la languette
On retourne l’ouvrage pour la fixer au bord de l’étendard
On redescend et on repasse sur la largeur, mais la languette est cette fois-ci dans sa position finale !

Et voilà, nos 2 côtés sont prêts à être assemblés : il n’y a plus qu’à coudre ensemble les horizontales et verticales au point oblique !

Soir 28

Mettez dos à dos les 2 faces de l’étendard et épinglez entre chaque languette. Choisissez la longueur que vous voulez donner à vos languettes et épinglez-les alors toutes selon cette dimension (ce sera + esthétique si vous prenez la même dimension pour l’horizontale et la verticale).

Vous allez pouvoir coudre au point oblique l’horizontale et la verticale ! Mettez face à vous le côté de l’étendard sur lequel les languettes ne sont pas fixées et commencez à coudre à 3 cm du coin courbe. La seule « difficulté » de cette partie sera dans le passage des « languettes » : 1er aller au point oblique ; pour bien renforcer la tenue des languettes à l’étendard, cousez en revenant sur vos pas au point avant et enfin, 3e passage au point avant jusqu’au bout de la languette. Voilà, la « difficulté » est passée, reprenez au point oblique jusqu’à la prochaine languette !

1er passage au point oblique
On revient sur nos pas au point avant, avant de revenir, toujours au point avant là où nous en étions…

Et voilà, nos 2 côtés droits sont cousus ensemble et les passants de la hampe sont solidement fixés !

Soir 29

Afin d’améliorer le rendu final (et éviter les déformations futures liées au poids du textile), on va ajouter quelques broderies pour fixer ensemble nos 2 côtés de l’étendard. J’ai opté pour un motif très simple pour rester sobre, le motif central étant déjà suffisamment complexe… Ce seront donc 3 croix qui viendront se placer symétriquement autour de l’aigle (en bas à gauche, en haut à gauche et en haut à droite).

Tracez votre motif ; ici, comme le drap est noir, je me sers d’une craie. Épinglez bien tout autour de votre motif pour que les 2 faces de l’étendard concordent parfaitement… et brodez tout simplement à petits points droits très réguliers. Repassez au verso dans chaque point pour obtenir la même chose des 2 côtés.

Fixation avant la broderie le long du motif tracé à la craie
Patience et vigilance sont les maîtres mots pour obtenir une broderie identique sur les 2 faces !

Si vous avez choisi un motif simple, il reste du temps ce soir pour préparer la dernière couture, celle de la courbe de l’étendard… On va donc rabattre vers l’intérieur l’une des faces de l’étendard sur 2 cm et épingler très régulièrement (tous les 4-5 cm). De chaque côté des épingles, on crante le textile ; cela donnera une bonne tenue finale.

Une fois que l’un des côtés est terminé, on fait la même chose pour l’autre face de telle sorte que les 2 soient épinglés ensemble de façon parfaitement ajustée ; pensez à cranter au fur et à mesure la 2e face quand vous l’épinglez à la 1ère.

Épinglage très rapproché et crantage de part et d’autre de chaque épingle

Soir 30

Dernière ligne droite : on coud à petits points obliques le côté courbe. Entre joie et soulagement de voir la fin arriver, cela va très vite ! Et voilà, votre étendard est terminé, il n’y a plus qu’à lui fabriquer une hampe avant de l’arborer fièrement !

Dernière couture…
Et voilà ! Un étendard hyper résistant et parfaitement symétrique sur ses 2 faces !

Et le mieux, c’est encore de le voir « flotter au vent » !

septembre 2021, « Le village enchanté » – Anor (Nord)



Bibliographie & ressources web

Cet article n’est pas une recherche universitaire mais cherche à résumer, de façon claire et simple, l’état actuel des recherches en la matière… Pour en savoir +, je vous invite à vous documenter, notamment avec les ouvrages proposés ci-dessous qui m’ont permis de rédiger ce court article.

HABLOT Laurent, Manuel de héraldique-emblématique médiévale, PUF, 2019
PASTOUREAU Michel, L’Art de l’héraldique au Moyen Âge, Seuil, 2009

Envie d’en savoir + sur l’héraldique ? Je vous recommande cette page qui présente de façon claire et plutôt complète les rudiments ; vous y trouverez également de nombreux liens pour aller + loin : http://dardel.info/heraldique/Heraldique.html

Pour la couture, les 2 livres indispensables :
BROOME Susanna, Viking age clothing – Seams and stitches, 2015
RABIEGA Kamil, Viking dress code, Triglav, 2019

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