Reconstituer un capuchon – ou comment se lancer dans la couture quand on n’ose pas…



Je viens de coudre un capuchon (un höttr) et j’ai trouvé que c’était un vêtement parfait pour qui veut se lancer dans la couture médiévale mais n’a jamais osé. En effet, les formes sont simples et permettent de voir progressivement les « difficultés » ; d’autre part, comme il faut peu de tissu, c’est un bon moyen de voir comment on se sent à l’aise sans se ruiner !

Ce qu’en disent les sources…

Si vous découvrez la reconstitution viking et médiévale, vous ne le savez peut-être pas encore, mais le capuchon fait l’objet de nombreux débats… Pour autant, son utilité est réelle puisqu’elle permet de se protéger du froid et de la pluie de manière efficace. En partant sur un capuchon dit « de Skjoldehamm » (c’est-à-dire basé sur les vestiges textiles retrouvés sur le lieu du même nom), vous aurez un capuchon simple, efficace et qui n’est pas sujet à polémique comme les formes + originales (type capuchon très large « Assassin’s creed » ou encore les capuchons avec une longue queue qui se retrouvent en Europe au Moyen Âge tardif mais dont on pourrait penser, selon l’interprétation des sources que l’on fait, qu’ils nous viennent de Scandinavie autour de l’an 1000).

Bref, le modèle que je vous propose dans ce tuto est donc basé sur les vestiges dits de Skjoldehamm.
En 1936, un corps est retrouvé sur l’île norvégienne d’Andøya. La datation au carbone (réalisée dans les années 80) considère que le corps date de la fin de l’ère viking (XIe siècle). Le capuchon est fabriqué à partir d’un sergé de laine 2/2 avec un motif en diagonal léger (2 tons de brun proches). La qualité de la capuche – et surtout ses « finitions » quelque peu bâclées (coutures irrégulières, changement de couleur de fils sans volonté esthétique, etc.) – amènent à penser que le capuchon appartenait à une personne de rang inférieur qui ne cherchait que le côté pratique.

Le capuchon de Skjoldehamm, exceptionnellement bien conservé

Enfin, notons également une source « littéraire » pour le höttr. Dans la saga Fljótsdæla , Sveinungr ordonne à un jeune garçon de sa ferme de sortir pour rassembler les moutons. Le garçon voulait récupérer son capuchon et ses gants avant de partir, mais Sveinungr lui intime l’ordre de partir immédiatement : il veut que le garçon soit repéré et confondu avec Gunnarr, alors poursuivi et qui avait été placé sous sa protection.


Mon interprétation du capuchon de Skjoldehamm

Tout d’abord, je suis admirative du travail de reconstitution « exacte » (en tout cas s’approchant à l’identique des vestiges textiles) de Caleb Burch qui a reproduit les coutures approximatives, les points d’arrêt de couture visibles, les couleurs de fils, etc. Je vous invite vivement à découvrir son travail sur son blog !
Mais… j’avoue préférer interpréter le capuchon de Skjoldehamm pour en faire un vêtement d’une personne de rang intermédiaire ! Je vous propose donc sur ce tutoriel de travailler avec 3 pièces de tissus (et non 4 : l’utilisation de petites pièces de tissus est en effet assez typique des rangs inférieurs puisqu’ils récupéraient toutes les chutes pour créer de nouveaux vêtements ou en réparer d’anciens), de doubler en lin le capuchon (c’est une option mais cela donne un capuchon encore + confortable) et, bien entendu, de choisir des tissus et fils assortis (tout comme de faire les coutures et finitions avec beaucoup de soin !).


Matériel
– un coupon de laine qui va vous permettre d’avoir 3 pièces de tissus : un grand rectangle de 135 X 45 cm (dimensions à ajuster selon votre gabarit, infos détaillées sur le visuel ci-dessous) et 2 carrés de 35 X 35 cm (idem, dimensions à ajuster ; la longueur du carré est déterminée par la profondeur de la capuche retenue, sachant que 35 cm est une « petite » taille et que 50 cm est pour un très grand gabarit)
– en option (pour doubler votre capuchon), un coupon de lin – naturel ou teint d’une couleur assortie – qui va vous permettre d’avoir 3 pièces de tissus de mêmes dimensions que les coupons de laine ; cela servira à doubler le capuchon
– du fil de laine assorti + d’éventuels fils de couleur si vous voulez broder votre höttr !
– le « classique » nécessaire de couture : ciseaux, aiguille, etc.

Voici le schéma pour vous permettre d’adapter le capuchon à votre taille. N’oubliez pas cependant que la capuche doit être assez près du visage : on fait de la reconstitution, pas un costume de sorcière ! ^^

Le tissu gris montre ce qui sera « visible », le vert montre les marges de couture à ajouter (4-5 cm en général ; + le tissu est épais, + vous aurez tendance à avoir besoin de + de marge de couture)
Pour mon capuchon, j’ai choisi une laine dans les tons brun (l’horreur pour faire des photos, sinon ce n’est pas drôle) ;
la doublure est en lin brun foncé



Et c’est parti pour la couture !
Il n’y a donc « que » 3 pièces de tissu à assembler. Pour autant, l’ordre dans lequel vous réalisez les coutures est essentiel : la laine tissée (matière essentielle dans la reconstitution) a une fâcheuse tendance à se déformer / s’étirer.
Mais pas de panique, je vous explique pas à pas comment procéder pour avoir un rendu parfait !

On va commencer par « préparer » les pièces de tissu à coudre. En effet, le tissu est précieux à l’époque, il faut donc éviter à tout prix qu’il ne s’abîme ou s’effiloche à l’usage (ce qui est le risque principal avec des textiles tissés). Il faut donc surfiler tous les bords pour éviter que le tissu ne s’arrache. Et dans le même temps, il faut avoir à l’esprit que dès que vous allez manipuler la laine vous allez + ou – tirer dessus et donc la déformer : c’est ce qui cause les décalages (parfois 1 cm, parfois +) lorsque vous assemblez 2 pièces de tissus pourtant coupées exactement pareil au départ.


Le surfilage
Si vous avez consulté mes autres articles, vous savez déjà que c’est une étape essentielle… et c’est aussi ce qui donne le rendu caractéristique des vêtements reconstitués faits « à la main » et qui permet de faire la différence au 1er coup d’oeil entre un vêtement cousu à la machine et un autre réalisé dans les règles de l’art (vous savez, le fameux « coutures invisibles à la machine » qu’on essaye de vous vendre… Non, c’est faux et archi-faux : quand le surfilage n’est pas fait, ça se voit ! Et cela rend votre vêtement « non-histo »…).

La technique est très simple : on replie les bords (environ 1 cm) 2 fois sur eux-mêmes. Si c’est votre 1ère fois, allez-y tranquille : repliez une 1ère fois en fixant avec des épingles ou des pinces, marquez bien ce 1er pli en passant votre ongle le long de la pliure ; puis repliez une 2e fois en serrant bien, marquez avec l’ongle et fixer avec des épingles ou des pinces. Plus vous fixez (c’est-à-dire + vous mettez d’épingles ou de pinces), + c’est facile.

Une fois les bords prêts, on passe à la couture. Le point est très simple, c’est une simple diagonale à faire régulièrement. Personnellement, la mienne fait en général 7-8 mm de long. Avec l’habitude, vous finirez par la faire naturellement, sans réfléchir. Mais au début, j’avoue, je marquais la distance au stylo sur mon pouce (celui qui tient le tissu, pas celui qui coud) pour avoir quelque chose de bien régulier.

Le point de surfilage à utiliser (je mets une photo de ma sous-robe, c’est difficile de bien voir sur un tissu en laine foncée)
Au verso, le surfilage donne des petits traits réguliers visibles ; n’hésitez pas à en jouer en choisissant votre fil de couture !



Maintenant qu’on a vu la technique utilisée, vous allez pouvoir passer au surfilage, mais attention, on ne fait pas toutes les pièces d’un coup ! Pour le moment, vous ne surfilez que les longueurs du grand rectangle et 2 côtés adjacents de chaque carré.

Réalisez le surfilage sur les parties marquées en vert foncé


La couture
Une fois vos coupons préparés, on va pouvoir commencer à coudre les pièces ensemble. La technique est très simple : c’est le même point que pour le surfilage mais réalisé de façon à rassembler les tissus ensemble. Vous passez dans un sens puis dans l’autre (un aller puis un retour) et cela vous donne un motif en croix.

Voici à quoi ressemble la couture permettant d’assembler 2 pièces de tissus ; pour + de solidité, je conseille toujours de faire un aller ET un retour en repassant aux mêmes endroits, ce qui donne un motif en forme de croix.



On va commencer par l’arrière du capuchon.
Pliez votre rectangle en 2 en mettant endroit contre endroit (vous avez donc votre « bourrelet de surfilage » visible). Fixez l’ouverture avec des épingles ou des pinces (en orange sur le dessin) et cousez le tissu ensemble en partant du haut ; faites un aller jusqu’à votre repère du bas de la capuche (sur les dessins du patron, les traits en pointillés du rectangle de gauche et de droite), puis un retour pour revenir à votre point de départ, à la pliure du rectangle.

On coud d’abord l’arrière (orange), puis le carré de l’arrière et enfin, en dernier le carré de l’avant

On va maintenant assembler le 1er carré.
Partez de votre arrêt de couture en bas de la capuche et assemblez un des côtés du carré en ajustant bien la pointe. Fixez les 2 tissus ensemble avec des pinces ou des épingles et commencez à coudre en partant de la pointe du carré. Faites un aller jusqu’en bas puis faites le retour jusqu’à votre point de départ. Faites la même chose avec l’autre côté du carré.

Pour le 2e carré, c’est la même chose, sauf qu’on ne va pas coudre le grand coupon (sinon on n’a plus d’ouverture pour la tête ^^). On part de la pointe du carré, aller-retour. Et le 2e côté, en partant de la pointe du carré.
Pour finir (et ne pas abîmer par la suite l’ouverture), cousez 2-3 cm du bas de l’ouverture. Si vous vous rendez compte en l’essayant que l’ouverture de votre capuche est trop large, vous pouvez la raccourcir en faisant une couture plus longue.

Le carré de l’avant fixé et la couture du bas de capuche de 2,5 cm (photo d’illustration avec la doublure, on voit très mal sur le coupon de laine…)



Votre capuchon est presque terminé !
Il ne reste plus qu’à surfiler le bas ; vous noterez que même s’il y a eu peu de pièces assemblées vous avez de petits décalages… Le surfilage du bas va permettre de masquer tout cela (si vous avez d’importants décalages, coupez le surplus).
Pliez donc une 1ère fois tout le bas du capuchon, fixez avec des épingles ou des pinces ; repliez une 2e fois et fixez au fur et à mesure avec des épingles ou des pinces ; surfilez avec le point en diagonale.
En soi, vous pouvez en rester là, c’est terminé pour la couture ! Retournez votre capuchon et admirez le résultat ! ^^

Le cordon
Mais peut-être avez-vous remarqué le cordon sur le vestige archéologique du capuchon de Skjoldehamm. Il y en a un de chaque côté, vers l’arrière de la capuche (car oui, le cordon ne se serre pas devant mais derrière la tête). Cela permet, lorsque vous portez la capuche sur la tête de l’ajuster parfaitement : la capuche tient super bien en place et le vent ne s’engouffre pas à l’intérieur. Sur les photos de la reconstruction de Caleb Burch, vous verrez bien comment les positionner !
Pour réaliser ces cordons, plein d’options se présentent à vous : fils de laine tressés ou simplement torsadés, cordon réalisé au lucet, tresses en « fingerloop », avec ou sans perles au bout, avec ou sans pompons… Laissez parler votre imagination !

Personnellement, j’ai opté pour un cordon en fingerloop (si jamais tu veux t’essayer à cette technique, j’ai fait un article dessus ^^). Pour ne pas abîmer le capuchon sur le long terme, j’ai préféré réaliser des oeillets et n’avoir ainsi qu’un seul cordon, cela évitera à l’usage de « tirer » sur le tissu. Enfin, pour que le cordon reste bien en place et ne s’échappe pas, j’ai mis des perles en bois de renne au bout du lacet.

Zoom sur l’oeillet réalisé à la main
Le cordon en fingerloop et ses perles en bois de renne

Option broderie
Si vous voulez améliorer l’esthétique de votre capuchon, réalisez la broderie sur votre capuchon en laine terminé (mais avant que l’éventuelle doublure ne soit mise en place).
Personnellement, j’ai opté pour une broderie assez « complexe » grâce aux modèles proposés par Jonas Lau Markussen. C’est un motif inspiré des sculptures de l’église en bois debout d’Urnes (Norvège). D’ailleurs, pour vos projets, allez chercher l’inspiration sur le site web de Jonas ; depuis quelques années, il source toutes ses illustrations, c’est GÉ-NI-AL !

Quelques explications sur la broderie que j’ai réalisée avec de très jolis fils de l’atelier de Micky (des laines 4 brins 20/4 si vous voulez tout savoir), teints avec des teintures naturelles, même si leur côté « flashy » peut paraître surprenant !

La broderie se décompose en plusieurs étapes :
– tout d’abord, j’ai réalisé les contours des 24 dragons en laine brun foncé au point arrière.
– ensuite, j’ai fait passer un fil de couleur pour réhausser chaque contour.
– j’ai brodé tous les yeux de la même couleur au point arrière.

Les contours de chaque dragon vus de très près !

– et enfin j’ai réalisé le « remplissage » des 24 dragons au point de chainette, étape qui m’a pris un temps fou parce que j’ai très souvent mis de côté mon ouvrage…

Remplissage en cours !
Et voilà le résultat !
Le capuchon en lumière naturelle, c’est mieux !

Option doublure
Une fois l’éventuelle broderie ajoutée, vous allez pouvoir doubler votre capuchon.
Pour cela, il suffit de recommencer depuis le début les étapes « couture » mais cette fois-ci avec les coupons en lin :
– surfilage des longueurs du rectangle
– surfilage de 2 côtés adjacents de chacun des carrés
– couture de l’arrière de la capuche
– fixation du 1er carré (à l’arrière)
– fixation du 2 carré (à l’avant) + renfort sur 2-3 cm au-dessus de la pointe (bas de l’ouverture de la capuche).
Le bas de votre doublure n’est pas fait à ce stade… c’est normal !

Une fois ces étapes terminées, sans retourner votre travail, insérez la doublure à l’intérieur de votre capuchon en laine (qui est lui à l’endroit).
Cousez bord à bord tout le pourtour de l’ouverture de la capuche avec le point diagonal (aller + retour pour avoir le joli motif en croix) ou avec un point de feston (choix que j’ai fait, réalisé en une couleur puis une 2e pour faire + joli).

La doublure visible par l’ouverture de la capuche
Zoom sur le point de feston bicolore


Il ne reste plus que la couture du bas. Pour être sûr que les tissus ne bougent pas, vérifiez d’abord que les 2 fonds de capuche sont bien ensemble et fixez-les avec une épingle ou une pince. En bas du capuchon, repliez le bord du lin pour faire en sorte qu’il soit parfaitement aligné avec votre capuchon en laine.
Une fois vos 2 tissus bien ajustés et l’ensemble fixé avec des épingles ou des pinces, cousez les ensemble comme vous l’avez fait pour l’ouverture de la capuche (aller simple, ou motif en croix grâce à l’aller + le retour).
Et voilà, votre capuchon est terminé !

Après tant d’heures passées dessus (à cause de la broderie), quelle satisfaction d’avoir terminé !


Voilà, j’espère que ces explications étaient claires et qu’elles vous permettront d’oser vous lancer dans la couture « histo » ! N’hésitez pas à partager vos réalisations… ou à me contacter si besoin !
Bonne couture !!!


Bibliographie & ressources web

S’il y a un site à ne pas rater pour la reconstruction d’un capuchon de Skjoldehamm, c’est celui-ci : https://projectbroadaxe.weebly.com/viking-age-nordic-history/skjoldehamn-hood-the-original-find-reproduction-and-application

Et pour les livres, mes 2 essentiels (en anglais) :
– RABIEGA Kamil, Viking dress code, Triglav 2019
– EWING Thor, Viking clothing, 2006


Si jamais tu n’oses pas te lancer pour le fabriquer toi-même, contacte-moi via le blog qu’on puisse en discuter !

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