Reconstituer des chausses du Haut Moyen Âge (version « femme »)



Que de débats autour des chausses vikings (et d’ailleurs même pour les chausses du Haut Moyen Âge en général) ! En laine ou en lin ? Teintes ou non ? Sous le genou ou en haut des cuisses ? Modèles identiques ou différents selon le sexe ? En 2, 3 ou 4 pièces de tissu ?
Évidemment, ce n’est pas ici que vous trouverez de réponse à ces questions… Je vous propose plutôt de suivre le cheminement qui m’a amenée à l’interprétation que j’ai réalisée pour mon propre costume !


Ma version des chausses pour femme

Pour mes chausses « printemps-été », j’ai fait le choix d’un modèle avec 3 pièces de tissu en lin d’une hauteur « intermédiaire » : elles vont jusqu’au-dessus du genou mais le haut se replie pour arriver sous le genou.
Je réaliserai + tard des chausses « hiver » en laine sur le modèle des chausses pour homme (article de blog à venir + tard). Ainsi, s’il fait (très) très froid, je pourrai mettre mes chausses en lin en 1er et mes chausses en laine par-dessus !

J’ai également fait le choix d’un lin non teint parce que, faute de réussir à me faire une opinion sur les nombreux débats sur le sujet, j’ai finalement préféré prendre un tissu que j’avais sous la main… Autre avantage : même si on ne les verra (a priori) pas, le lin naturel, ça va avec tout ! Pas besoin de faire des chausses pour aller avec mes différents vêtements de reconstitution !

Quant au patron, faute de trouver un modèle sur le net qui me convenait, je l’ai réalisé moi-même avec un peu de bon sens.
Tout d’abord, vous l’avez certainement remarqué si vous aimer voir les sources archéologiques vikings, aucun vêtement n’est jamais ajusté (ils sont d’ailleurs toujours « très mal coupés » au vu de nos standards contemporains). Les vêtements près du corps sont beaucoup + tardifs… et la couture était pratiquée à la maison, pas par des tailleurs professionnels ! Partant de ce principe, je suis donc partie de formes simples.
Plusieurs tutoriels sur le web proposent une couture sous le pied, mais pour mon confort personnel, j’ai préféré faire un modèle avec 3 pièces de tissu : une « semelle », une pièce pour le dessus du pied et une autre qui couvre cheville et jambe. Il me semble que c’est aussi ce qui permettra d’éviter une usure prématurée des chausses, mais ça, on verra à l’usage !
Enfin, toujours dans l’esprit des vêtements vikings, j’ai cherché à avoir un patron qui soit « rentable », c’est-à-dire en exploitant au maximum le tissu avec le moins de pertes possibles (même si je garde précieusement toutes les chutes pour en faire des accessoires… ou de la bourre pour mes coussins de reconstitution !).


Matériel
– un coupon de lin d’environ 100 X 80 cm (dimensions à ajuster selon votre gabarit, infos détaillées sur le visuel ci-dessous)
– du fil de laine ou de lin assorti (+ d’éventuels fils de couleur si vous voulez broder vos chausses !)
– le « classique » nécessaire de couture : ciseaux, aiguille, etc. Un super conseil pour dessiner votre patron directement sur le tissu : utilisez un stylo « Frixion » de la marque Pilot : il vous suffira d’un coup de fer à repasser pour effacer l’encre ^^
– sans oublier 2 X 2 m de galon tissé aux cartes pour maintenir les chausses ! En effet, ce modèle de chausses n’est pas ajusté : pour qu’elles tiennent en place, il vous faudra un galon ! Certains mettent un lien juste en dessous du genou, d’autres un grand galon fin qui s’entrecroise. J’ai préféré cette 2e option pour avoir un maintien de la chausse de la cheville jusqu’au mollet.
> Tu veux essayer le tissage aux cartes ? Il y a 2 articles à voir sur le blog : celui où j’explique mes débuts… et celui contenant les 10 conseils que j’aurai aimé avoir quand je me suis lancée.

Schéma pour réaliser vos chausses « basses » (en-dessous du genou) – explications ci-dessous !

Voici le schéma pour vous permettre d’adapter les chausses à votre taille.
Oui, il nécessite quelques explications…

Tout d’abord, reportez sur une feuille cartonnée le contour de votre pied (gardez ce carton précieusement, il vous servira pour faire vos chaussures histo… ou pourquoi pas des chaussons contemporains !). Simplifiez un peu la forme en rajoutant un petit centimètre tout autour.

Vous allez ensuite prendre différentes mesures :
– le tour de votre mollet à son endroit le + large (en orange sur le schéma)
– la distance jusqu’au sol à partir de ce point de votre mollet (en bleu clair sur le schéma)
– la distance jusqu’au dessous de votre genou à partir de ce point de votre mollet (en bleu foncé sur le schéma)
– la distance de l’arrière de votre talon jusqu’à une ligne imaginaire partant du bas de votre tibia (la distance correspond à la flèche verte, la ligne imaginaire est marqué en pointillés vert)
– et enfin, sur l’empreinte cartonné, reportez cette distance verte ; mesurez alors la largeur de votre pied à cet endroit : vous obtenez la distance violette du schéma.

Avec ces éléments, vous n’avez plus qu’à dessiner votre patron directement sur le tissu (à faire avec un stylo « Frixion », je rappelle, cela part avec un fer à repasser à peine tiède ^^).
Commencez par reporter votre empreinte avec votre carton à l’endroit et à l’envers (cela vous donne un pied gauche et un pied droit). Marquez tout autour en laissant 2 cm de marge de couture.
Dessinez le « corps » de la chausse grâce à vos différentes mesures. Prolongez votre trapèze en haut d’environ 10-12 cm (en pointillés gris sur le schéma) : le haut de la chausse sera ensuite replié pour arriver en dessous du genou. Marquez tout autour en laissant 2 cm de marge de couture.
Reprenez ce dessin en quinconce pour faire la 2e jambe et n’oubliez pas de marquez avec les 2 cm de marge de couture.
Il ne vous manque plus « que » la 3e pièce : le dessus du pied. Très honnêtement je l’ai faite en partant d’un patron pour mes chaussons en cuir… Il suffit de dessiner un demi-ovale dont la hauteur correspond à la distance de la ligne imaginaire (pointillés verts) jusqu’au bout de votre pied ; pour la largeur, elle doit correspondre à l’arrondi du bas du « corps » de la chausse. Afin de ne pas vous ratez, ajouter 4-5 cm de marge de couture : vous aurez de quoi ajuster à la fin.

Découpez toutes vos pièces (3 par chausses)…

Et c’est parti pour la couture !
Comme pour tous les vêtements vikings, la 1ère étape est de « préparer » les pièces : il s’agit de « surfiler » les bords avant de coudre les différentes parties. Et comme je vous l’explique dans chaque tutoriel de ce blog, l’ordre est essentiel pour ne pas se retrouver à la fin avec des décalages impossibles à rattraper : car oui, quand on coud à la main des textiles tissés, on créé des tensions / torsions !


Le surfilage
Si vous avez consulté mes autres articles, vous savez déjà que c’est une étape essentielle… Je me répète à chaque fois, mais oui, le surfilage est primordial à la fois pour que vos vêtements durent dans le temps (pas de bords qui s’effilochent ainsi), mais aussi pour les rendre « authentiques » (on oublie « les coutures invisibles sont faites à la machine » : c’est moche, ça se voit et il n’y a qu’en réalisant ce surfilage que vous aurez réellement un rendu « histo »…).

La technique est très simple : on replie les bords (environ 1 cm) 2 fois sur eux-mêmes.
Si c’est votre 1ère fois, allez-y tranquille : repliez une 1ère fois en fixant avec des épingles ou des pinces, marquez bien ce 1er pli en passant votre ongle le long de la pliure ; puis repliez une 2e fois en serrant bien, marquez avec l’ongle et fixez avec des épingles ou des pinces. Plus vous fixez (c’est-à-dire + vous mettez d’épingles ou de pinces), + c’est facile.

Vous allez ainsi préparer :
– la « semelle » complète
– la « jambe » sur tous les côtés sauf le haut
– le « dessus du pied » uniquement sur l’arrondi

Préparation de la « semelle » avant le surfilage ; pour faciliter le positionnement du tissu dans les courbes, vous pouvez légèrement cranter les bords (mais pas trop pour ne pas fragiliser le tissu !)
Préparation de la « jambe » ; pour l’arrondi en bas de cette pièce, pas le choix, il va falloir cranter les bords… mais n’allez pas trop loin et renforcez bien au moment du surfilage ^^



Une fois les bords préparés, on passe à la couture. Le point est très simple, c’est une simple diagonale à faire régulièrement (point de surjet). Personnellement, la mienne fait en général 7-8 mm de long.

Surfilage de la « jambe »
« Dessus du pied » surfilé



Les 3 pièces prêtes pour la suite ; notez bien comment j’ai renforcé l’arrondi cranté de la « jambe » pour que le crantage ne s’agrandisse pas par la suite


La couture
Une fois vos pièces de tissu préparées, on va pouvoir commencer à les coudre ensemble.

J’utilise 2 points similaires (ils sont en photo + bas dans l’article) :
– pour les zones moins sujettes à l’usure (la couture le long du mollet), c’est presque le même point que pour le surfilage mais je le renforce en repassant à chaque fois au même droit ce qui donne un motif « diagonale / trait / diagonale / trait… »
– pour les zones qui risquent + de s’user / s’abîmer (la semelle et le dessus du pied), je réalise le même point que décrit ci-dessus à l’aller et, arrivée au bout, je fais un nouveau point de surjet au retour ce qui donne un motif « croix / trait / croix / trait… »

L’ordre dans lequel vous allez coudre vos 3 pièces de tissu est important : cela évitera les décalages et vous garantit des chausses bien ajustées.
Tout d’abord, faites la couture sur l’arrière de la « jambe » avec le point « diagonale / trait / diagonale / trait… ».

Zoom sur la couture de la « jambe » ; on voit bien le motif « diagonale / trait / diagonale / trait… »

Une fois l’arrière de la jambe cousu, repérez sur la semelle le milieu du talon. Faites correspondre ce repère avec le point de jonction de la couture de l’arrière de la jambe et épinglez vos 2 pièces de tissu ensemble.
Partez du repère pour coudre un des côtés du pied avec le point donnant le motif « croix / trait / croix / trait… ».

La couture à l’aller, ce qui donne le motif « diagonale / trait / diagonale / trait… »
Et en repassant dans les mêmes points au retour, on obtient le motif « croix / trait / croix / trait… »
Semelle et jambe cousues ensemble !

Il n’y a plus qu’à coudre le dessus du pied. C’est la partie la + « délicate » car il va falloir ajuster cette dernière pièce.
Vous avez déjà surfilé la partie arrondie ; épinglez-la à la semelle. Au niveau du gros orteil, réalisez une petite pince : cela donnera un peu d’aisance à cet endroit et évitera une usure prématuré de cette zone.

Faites une petite pince au niveau du gros orteil (5-7 mm, pas + !)
Le dessus du pied épinglé à la semelle ; on voit les repères (traits de crayon) pour terminer de surfiler le dessus du pied

Marquez au crayon les 2 endroits où votre dessus du pied arrive au bas de la « jambe ». Désépinglez votre dessus du pied (mais gardez votre « pince » du gros orteil) et préparez votre surfilage de la dernière pièce de tissu en vous arrêtant exactement aux repères que vous venez de tracer.

Préparation du surfilage du dessus du pied bien ajusté à votre chausse (notez que j’ai gardé le repère de ma pince au gros orteil ^^)

Une fois votre dernière pièce entièrement surfilée, épinglez-la en commençant par la « jambe » de la chausse. Comme c’est une couture qui ne va pas être trop sujette à l’usure, vous pouvez utiliser le point qui donne le motif « diagonale / trait / diagonale / trait… ».

On commence par coudre le dessus du pied à la jambe de la chausse
Le dessus du pied cousu à la jambe… et préparé pour la dernière couture !

Vous allez ensuite pouvoir épinglez le dessus du pied à la semelle et coudre avec le point donnant le motif « croix / trait / croix / trait… » car à cet endroit, vous allez fortement user votre chausse.

Et voilà, votre 1ère chausse est, pour le moment (oui, il reste le haut à faire..) terminée !
Répétez l’ensemble de ces étapes pour la 2e, en prenant garde à bien avoir, pour la semelle, un pied droit et un pied gauche ^^

Lorsque vous avez terminé la 2e chausse, épinglez-les ensemble pour repérer à quelle hauteur vous allez devoir épingler pour avoir 2 chausses identiques. Coupez l’excédent et préparer votre surfilage à la même hauteur pour les 2 chausses : pli + pli puis surfilage avec le point de surjet.
Une fois le surfilage terminé, retournez vos chausses !

Égalisation des 2 hauts de chausses épinglés ensemble

Vous pensiez en avoir fini ? Pas tout à fait…
Il vous faut encore reprendre toutes les coutures sur l’endroit : en version « simple » (diagonale / trait) pour le mollet et en version « renforcée » (croix / trait) pour la semelle et le dessus du pied. Pour avoir des coutures bien solides, je réalise les « traits » des points de couture au milieu de chacun des « traits » de l’envers (voir photo ci-dessous).

La chausse retournée avant la reprise des coutures extérieures
Pour les coutures sur l’endroit, je fais en sorte que les « traits » tombent au milieu des « traits » de l’envers
Semelle terminée ! Il reste encore le dessus du pied et la couture le long du mollet…

Une fois l’ensemble des coutures réalisées sur l’endroit… vous avez terminé !
Pour fixer vos chausses, vous pouvez utiliser soit un grand galon à entrecroiser depuis la cheville jusqu’au-dessus de votre mollet (environ 2 mètre par jambe pour avoir de quoi le nouer), soit attacher un petit galon au moyen d’une broche juste en dessous de votre genou (un exemple ici), soit utiliser un simple lien en laine (un exemple ici).

Chausses terminées !
La « semelle » étant exactement de la forme de votre pied, c’est un confort absolu !!!


Option broderie
Évidemment, je n’ai pas résisté… J’ai ajouté un tout petit motif de broderie sur mes chausses… À la fois parce que c’est tellement + joli, mais aussi parce que cela renforce le tissu !

Un motif on ne peut + simple le long des coutures…
… et un motif « croix / trait » pour le haut des chausses, histoire de rappeler les coutures renforcées de celles-ci !
Et voilà mes chausses portées ! Avec le galon, cela tient hyper bien !
Pour les sorties en hiver, il suffit de rajouter les « chaussettes » en naalbinding, une technique vraiment pas compliquée ! ^^

J’espère que ces explications vous ont été utiles ! N’hésitez pas à partager vos réalisations… ou à me contacter si besoin 😉
Bonne couture !!!


Bibliographie & ressources web

Quelques références web à ne pas rater pour la reconstruction de chausses pour femme :
– Hilde Thunem a (encore) écrit un article hyper complet sur le sujet que je vous recommande vivement, même s’il est en anglais : https://urd.priv.no/viking/hose.html
– Une autre interprétation, celle de Rosalie Gilbert, avec des chausses « basses » et un tuto pas à pas (en anglais) : https://rosaliegilbert.com/tutorial_hose.html
– enfin, cet article qui m’a fait rire sur le sujet, mais qui traite des chausses médiévales en général (et qui est lui aussi en anglais) : https://www.greydragon.org/library/underwear3.html

Et pour les livres, mes 2 essentiels (en anglais) :
– RABIEGA Kamil, Viking dress code, Triglav 2019
– EWING Thor, Viking clothing, 2006


Si jamais tu n’oses pas te lancer pour le fabriquer toi-même, contacte-moi via le blog qu’on puisse en discuter !

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